Pour une Nouvelle-France authentique

Des producteurs développent une série télé se déroulant en Nouvelle-France. Ils font preuve d’un grand souci d’authenticité.

Afin d’assurer un éclairage d’époque, on m’a demandé quatorze bobéchons de caviste de trois modèles différents. Pour soutenir les broches devant un foyer, on a commandé une paire de hâtiers comme celui de la collection Hotermans numéro 71.1.17.

Les bobéchons

Ils attendent dans les coulisses !

Huit bobéchons

Huit comme celui-ci

Huit bobéchons reprennent un modèle que j’ai déjà présenté dans ce blog.

À ce premier modèle, j’ai apporté une amélioration qui affine l’ustensile. Sur le premier, les pieds arrières sont rivetés. Leur extrémité avant est visible et les pieds paraissent être un ajout.

Le matériau des pattes arrières saute aux yeux devant.
Il y a là une lourdeur .

Sur ceux que je viens de forger, les pattes arrières ont été soudées au feu de forge à la tige qui, repliée, formera les pieds avant. Ces pieds arrières n’étant plus un ajout mais faisant partie intégrante de la structure, celle-ci est allégée, épurée.

Comme le matériau n’a qu’une épaisseur de trois millimètres, la réalisation de la soudure au feu de forge était délicate. Le risque de brûler le fer est plus grand.

Pour toute soudure au feu, il faut préparer les pièces.

Préparation des pièces pour la soudure au feu

Celles-ci ont ensuite été maintenues ensemble avec un fil de fer.

Assemblage des pièces pour les présenter au feu

Une couche de glaise protège l’extrémité de la brûlure.

Les extrémités couvertes de glaise

Et la soudure fut !

Les pièces soudées

Les extrémités des pièces soudées à la tige n’ont pas été fusionnées : il y avait un risque de modifier la longueur de l’ensemble en martelant cette partie pour la faire disparaître. Je n’ai pas voulu courir le risque …

Cette technique, a produit une pièce d’un seul tenant à forger.

Un bobéchon naissant qui tend les bras …

Quatre bobéchons

Quatre autres reprennent aussi un modèle que j’ai déjà présenté.

Quatre de celui-ci

Deux bobéchons

Deux des quatorze bobéchons sont une copie de celui qui apparaît à la page 287 de l’ouvrage « Les objets de la vie domestique » de Lecoq.

Bobéchon de caviste qu’on retrouve dans
« Les objets de la vie domestique » de Lecoq, page 287

Ne connaissant que la hauteur de l’ustensile les autres dimensions ont été déterminées à partir de mesures aussi précises que possible des proportions sur un calque de la photo du livre. Ne disposant pas de l’objet, il était impossible de connaître précisément les techniques utilisées par le forgeron original. Mon bobéchon de Lecoq ne pouvait être forgé à l’identique.

Ma copie du bobéchon Lecoq287

À propos de la bobèche : le processus de fabrication apparaît sur la photographie qui suit. L’enroulage est réalisé à froid sur une bloc d’étampe.

Étapes de production de la bobèche
Le cercle sur lequel le plateau et les pieds sont rivetés a été obtenu par la refente de la tige

Les hâtiers

Une paire de hâtiers comme celui de la collection Hotermans nº 71.1.17 pour tenir les broches devant le feu.

Collection Hotermans, Musée Stewart Hâtier nº 71.1.17

Mes notes à propos du hâtier de la collection Hotermans.

Le pied
Les crochets

Sur les miens, les crochets ont les mêmes dimensions que ceux de l’original, la même forme et forgés, pour la partie visible, selon la même technique.

Un crochet de l’original.

Au lieu de tenons ronds passant dans des trous ronds comme sur l’original, j’ai forgé des tenons carrés passant dans des trous carrés. Les tenons carrés assurent que jamais les crochets ne pourront tourner sur le hâtier, une précaution de trop sans doute, le rivetage des tenons étant suffisants. Mais bon … La photographie qui précède et le dessin qui se trouve ci-dessus montrent la technique de l’original.

Les « joues » indiquent que les trous ont été forgés
une fente est arrondie et le trou obtenu est mis au carré

Note sur les matériaux utilisés : pour le hâtier, fer plat 3/8″ x 1-1/4″ ; pour les crochets, fer carré 1/2″ ; pour les pieds, fer plat 1/2″ x 3/4″.

J’ai forgé les appuis en pointe au lieu de les laisser plats après la refente comme sur l’original. Un choix.

Prêts à partir

Au lieu d’utiliser une soudure en « T » comme la soudure originale, j’ai riveté les pieds aux hâtiers au bouts desquels un tenon a été forgé. C’est cet assemblage qui a ensuite été soudé au feu. Cette manière de faire place la soudure sous le hâtier et le joint entre le hâtier et son pied est plus net que celui obtenu avec la soudure de l’original. Les dimensions des pieds, celles du hâtier sont les mêmes que celles de l’original de même que la forme.

C’est le pied …

A propos Yves Couture

Yves Couture forgeron, ferronnier vous avise, de ce qu'il est à votre disposition pour forger toute manière de crochet & autre système de suspension pour les ustensiles de cuisine, les vêtements, chapeaux, chaudrons, poêles, les balais, les clefs & aussi toute manière d'équerres & de potences pour soutenir des étagères de bibliothèques, pour des objets, pour des plantes que vous voulez accrocher au mur ou poser sur un banc, pour soutenir une crémaillère dans un foyer, sans compter la quincaillerie qu'il peut forger pour vos portes de maison & de jardin telle que clenches, crochets de retenue, verrous, pentures de toutes sortes & des grilles de séparation de pièces dans votre maison, des défenses pour vos soupiraux comme celles de la Place Royale à Québec ou celles à la manière de la volée d’oiseaux des fenêtres de l'ancien Hôpital de l'Hôtel-Dieu de la même ville, des balustrades pour vos balcons & toute autre quincaillerie que vous voudrez bien lui demander telle que des tasse-braises pour les fumeurs de pipe & tout cela sur mesure, selon vos besoins & à des prix qui vous étonneront & vous raviront. De plus, grâce à des recherches approfondies & soutenues, il est aussi en mesure de reproduire pour vous tout instrument ou ustensile de foyer & de cuisine en usage en Nouvelle-France tels que chenet, landier, hastier, tisonnier, pince, pare-étincelles, crémaillère, râtelier de cuisine du plus simple au plus complexe, des fourchettes d'honneur de même manière, des couvre-feux, des accotes-pots, des mains de fer, trépieds, potences, grils à plateau fixe & à plateau tournant, grille-poissons, grille-pain, broches & brochettes avec leurs supports & des moraillons verseurs, des couronnes d’office, des tourne-rôts à ficelle &c. qui vous permettront de donner à votre foyer moderne ou à votre âtre traditionnel une touche d’authenticité qui ne fera qu’en adoucir la chaleur. Son expertise en ces matières repose sur les livres spécialisés en la matière qui se trouvent dans sa bibliothèque et sur l'analyse des objets de la collection Hotermans du musée Stewart de Montréal qu'il a le privilège de pouvoir étudier. Cette collection d'ustensiles et d'outils en fer du XVIIº et du XVIIIº est une ressource essentielle pour connaître les outils de cuisine de la Nouvelle-France. Il faut aussi compter ses recherches en France, principalement en Bretagne et les quelques acquisitions de pièces qu'il a eut le bonheur d'y trouver
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2 commentaires pour Pour une Nouvelle-France authentique

  1. Robert Bourgeois dit :

    Bonjour Yves

    D’abord félicitation pour votre contrat, votre champ d’expertise a su attirer l’oeil de cette production.

    Concernant le hâtier, vu la confusion entre chenet, landier et hâtier aujourd’hui et même en Nouvelle France, je me pose toujours la question à savoir si ce type de hâtier a été utilisé ici?

    Aucun doute qu’il y en avait en France au 18e, 17e siècle et même avant et que dans Diderot on l’appelle chenet de broche, ce qui ajoute encore plus à la confusion.
    Aucun doute non plus qu’il y avait des landiers monter en hâtier ici.
    Néanmoins c’est une pièce que je cherche à acquérir depuis quelques années pour ma collection et qui est très rare sur le marché.

    Bonne continuité et encore félicitation pour votre travail.

    Robert Bourgeois

    • Yves Couture dit :

      Tout d’abord, je vous remercie d’avoir pris le temps de m’écrire. De tels commentaires sont des encouragements importants.

      À propos de la confusion entre chenet, landier et hâtier, je vous demanderais de lire l’article que j’ai écris à ce sujet et que vous trouverez ici :

      https://yvesforge.wordpress.com/2013/07/24/chenets-landiers-hastiers-pour-clarifier-les-termes/ .

      Si l’article ne fait pas le travail à votre satisfaction, je le reprendrai en essayant de tenir compte de vos remarques. Je pense que nous pourrions arriver à des définitions qui seraient satisfaisantes. Je soupçonne cependant que certains ustensiles demeureront toujours difficile à classer. La grosseur de l’ustensile demeure une indication importante. Il serait possible, par exemple, de fixer, de s’entendre sur une hauteur pour délimiter le point où un chenet devient un landier (cela fut probablement fait quelque part).

      Est-ce que ce type de hâtier a été utilisé ici ? Je m’avance : je pense que oui. Lecoq, à la page 67 montre plusieurs types de hâtiers dont ceux qui étaient scellés dans la chambranle et ceux (comme ceux que j’ai reproduis) qui étaient mobiles et appuyés sur la chambranle. Sur le dernier, les crochets étaient rivés et pouvaient l’être sur les premiers. La seule vraie différence se situe dans le dessin des appuis au haut des hâtiers, arrondis et évasés pour l’appui sur la chambranle et droits et pointus pour faciliter le scellement. Ceux que j’ai fais qui étaient mobiles auraient très bien pu être scellés. Ainsi, je crois que ce type de hâtier était utilisé ici scellé ou mobile. J’avance aussi que les hâtiers mobiles pouvaient être utilisés pour ajouter des broches dans une partie d’un grand foyer ou pour utiliser des boches plus courtes. Mais comme je le dis, je m’avance …

      Je m’avance encore : comme les hâtiers étaient faits de pièces de fer importantes, on peut penser qu’ils sont rares sur le marché en partie parce que le fer a été recyclé quand on a commencé de cuisiner sur les poêles. On pouvait forger beaucoup de choses avec cette barre de fer.

      Je vous remercie encore pour votre commentaire et j’espère pouvoir vraiment clarifier les termes de chenet, landier, hâtier avec votre collaboration si je n’ai su le faire dans l’article.

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