Elle le battait dans la cuisine …

Au clair de la lune

Va chez la voisine
Je crois qu’elle y est
Car dans la cuisine

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Un briquet forgé dans une lime

Bien qu’on ait tassé les braises sous le couvre-feu, si on en possédait un ou qu’on les ait soigneusement couvertes de cendre, le feu, parfois, mourait. Il fallait alors ou bien aller chercher des braises chez le voisin (1) ou battre le briquet.

Un moyen parmi d’autres de produire du feu

Plusieurs techniques bien connues pour produire le feu consistent à frotter ensemble deux objets de bois : en tournant une baguette avec ses mains, avec un arc ou avec une forme de vilebrequin, une baguette frottée dans une raie creusée dans un morceau de bois et j’en passe. 

On a aussi frotté un objet de métal contre une pierre de silex. C’est le fusil. On l’appelle aussi briquet et batte-feu. Les vidéos des adeptes de plein air et de ceux qui se préparent à survivre au chaos universel (qui devrait, semble-t-il, nous frapper sous peu) en faisant du camping au fond des bois, nous font tous voir comment on s’en sert.

Le processus est simple : on frotte le fusil sur un morceau de silex. La dureté de la pierre arrache des éclats de carbone à l’acier. Ces éclats chauffés par le frottement volent en étincelles. Celles-ci enflamment l’amadou ou une autre matière facilement inflammable.

Il y a une légère variante chez Seymour-Lyndsay qui propose de frotter la pierre sur le briquet. Un détail vous me direz.

The method of using was to hold the steel, which was in the form of a hook or loop, in the left hand a few inches above the tinder and strike it a sharp downward blow with the flint.
(page 55)

Un ustensile ancien et universel

Il y a bien longtemps qu’on a découvert cette manière de produire du feu. Quelques musées conservent des fusils gaulois et gallo-romains.

Il y en avait partout. Il y en avait beaucoup.

Il faut noter que pour Lecoq, le fusil enflamme de l’amadou (un champignon), dont le coût relativement élevé lui fait dire que

… de ce fait, l’usage du fusil ne fut pas aussi général qu’on pourrait le penser.
(page 101)

Il me semble plutôt, on me corrigera, que c’est l’usage de l’amadou qui aurait été moins répandu. Les futurs survivants du chaos et les amateurs de camping, dans leurs vidéos, utilisent du coton carbonisé, ce qui est surement moins couteux que l’amadou. Je pense plutôt que l’usage du briquet était aussi répandu qu’on le croit.

Suffisamment répandu pour devenir un objet de commerce

En Nouvelle-France, on pourrait même croire que toutes les maisons en possédaient, qu’il était ici d’usage courant aux 17e et 18e siècles (2).

Cette affirmation se justifie avec les 63  douzaines de batte-feux en inventaire chez le seul marchand Lemoyne à Montréal en 1685. En 1681, la population de Montréal totalisait 1388 personnes. Il y avait 638 célibataires de moins de 15 ans d’âge qui vivaient sans doute encore chez leurs parents (3). En gros, un seul marchand possédait donc en inventaire 756 briquets pour un bassin de clients constitué des 750 personnes de plus de 15 ans d’âge.

À la même époque, à Paris, la demande pour cet ustensile était telle que des marchands ambulants en vendaient dans les rues.

Capture d’écran du « Paris ridicule et burlesque » de Bertod dans Gallica de la BNF

Des forges industrielles anglaises en proposaient à la vente dans des Pattern Books, les catalogues adressés à des marchands d’Angleterre et de Nouvelle-Angleterre en 1797.

Fire steels, Pattern Book

Briquets dessinés à partir de « A Pattern Book … » comme on peut le lire dans l’illustration

Quant à son ancienneté, elle est aussi bien établie : le briquet apparaît dans le collier de l’Ordre de la toison d’or au 15e siècle.

Battu depuis longtemps, il a la vie dure …

On en a fabriqué jusqu’au 20e siècle. Mieux, on en fabrique encore.

On les trouve dans des reconstitutions historiques, dans les bagages des aventuriers qui reprennent les routes des coureurs des bois, de ceux qui s’adonnent au camping sauvage … Ils sont encore nombreux ceux qui ne partent jamais sans eux.

Les forgerons qui vendent une version ou l’autre du briquet de la chanson sont légion. On en trouve partout en ligne (essayez Etsy) et le nombre d’articles que l’on y trouve à propos du briquet (googlez « steel striker ») est très grand.

Collane eines Ritters vom Orden vom Goldenen Vlies

La toison d’or

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Je me suis amusé

Il y a même les fournisseurs de matériel de plein air qui se sont mis à produire une nouvelle forme de briquets.

Briquet armée

Modèle « Army » vendu par un marchand d’équipement de plein air

Les formes

En regardant rapidement les illustrations à propos des ustensiles de cuisine des 17e et 18e siècles, il y a une forme de briquet qui semble dominer. C’est celle du briquet au centre, à droite dans la photo ci-dessus. Mais elle n’est pas la seule. Loin de là.

Les formes anciennes, forgée par des individus sont multiples, innombrables, imprévisibles. Elles ne sont limitées que par l’imagination du forgeron et de son client. On peut voir que je me suis amusé à en forger avec de vieilles limes trouvées dans les ventes de garage (les vide-greniers disent les cousins de ma blonde). Ces briquets sont forgés à cous de marteaux. On pourrait en forger toute la journée et ne jamais en produire deux tout à fait —mais alors là,tout à fait— pareils.

Les formes actuelles, industrielles, des fusils sont limitées. Il n’y a que peu de différences entre eux. Ils ressemblent tous au modèle « Army ». Et quand une forme est choisie, les machines reproduisent cette forme parfaitement. Tous les objets de ce modèle sont parfaitement pareils.


(1) Lucas Hearth and Home, page 20

(2) Les objets de nos ancêtres, à la rubrique « batte-feu »

(3) Pour l’inventaire de Lemoyne : Séguin, Les ustensiles en Nouvelle-France, page 6. Pour la population de Montréal : Dechêne, Louise; « Habitants et marchands de Montréal au 17e siècle » ; Plon, Montréal, 1974 ; tableau C, page 495.

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A propos Yves Couture

Yves Couture forgeron, ferronnier vous avise, de ce qu'il est à votre disposition pour forger toute manière de crochet & autre système de suspension pour les ustensiles de cuisine, les vêtements, chapeaux, chaudrons, poêles, les balais, les clefs & aussi toute manière d'équerres & de potences pour soutenir des étagères de bibliothèques, pour des objets, pour des plantes que vous voulez accrocher au mur ou poser sur un banc, pour soutenir une crémaillère dans un foyer, sans compter la quincaillerie qu'il peut forger pour vos portes de maison & de jardin telle que clenches, crochets de retenue, verrous, pentures de toutes sortes & des grilles de séparation de pièces dans votre maison, des défenses pour vos soupiraux comme celles de la Place Royale à Québec ou celles à la manière de la volée d’oiseaux des fenêtres de l'ancien Hôpital de l'Hôtel-Dieu de la même ville, des balustrades pour vos balcons & toute autre quincaillerie que vous voudrez bien lui demander telle que des tasse-braises pour les fumeurs de pipe & tout cela sur mesure, selon vos besoins & à des prix qui vous étonneront & vous raviront. De plus, grâce à des recherches approfondies & soutenues, il est aussi en mesure de reproduire pour vous tout instrument ou ustensile de foyer & de cuisine en usage en Nouvelle-France tels que chenet, landier, hastier, tisonnier, pince, pare-étincelles, crémaillère, râtelier de cuisine du plus simple au plus complexe, des fourchettes d'honneur de même manière, des couvre-feux, des accotes-pots, des mains de fer, trépieds, potences, grils à plateau fixe & à plateau tournant, grille-poissons, grille-pain, broches & brochettes avec leurs supports & des moraillons verseurs, des couronnes d’office, des tourne-rôts à ficelle &c. qui vous permettront de donner à votre foyer moderne ou à votre âtre traditionnel une touche d’authenticité qui ne fera qu’en adoucir la chaleur. Son expertise en ces matières repose sur les livres spécialisés en la matière qui se trouvent dans sa bibliothèque et sur l'analyse des objets de la collection Hotermans du musée Stewart de Montréal qu'il a le privilège de pouvoir étudier. Cette collection d'ustensiles et d'outils en fer du XVIIº et du XVIIIº est une ressource essentielle pour connaître les outils de cuisine de la Nouvelle-France. Il faut aussi compter ses recherches en France, principalement en Bretagne et les quelques acquisitions de pièces qu'il a eut le bonheur d'y trouver
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