On ne pend plus rien en pendant la crémaillère!

Pendre la crémaillère

À la prise de possession d’une nouvelle maison, on pendait au dessus de l’âtre à une potence mobile ou à une barre qui traversait la cheminée, un ustensile en fer (1) destiné à soutenir les marmites au dessus du feu à des hauteurs que l’on pouvait varier (low, medium, high … ). À cette occasion, on invitait à un repas de fête les parents, les amis, ceux qui avaient participé à la construction.

Il ne nous reste plus que le repas de fête, on ne pend plus rien.

Détail du Christ chez Marthe et Marie de Jos Goemaer, circa 1600 Musée de la Gourmandise, Hermalle-sous-Huy

Détail du Christ chez Marthe et Marie
de Jos Goemaer, circa 1600
Musée de la Gourmandise

Il y a bien encore des cheminées mais le plus souvent confinées à un rôle décoratif. La signification même du mot « crémaillère » semble perdue : en cherchant « crémaillère » sur Internet il apparaît de nombreux cas de confusion de la crémaillère avec le râtelier de cuisine.

La crémaillère était un important ustensile

La crémaillère faisait l’objet de prouesses de décoration souvent et toujours d’une grande attention. Elle occupait la place centrale de la pièce à vivre quand on vivait autour de l’âtre. Elle appartenait à la maison, faisait partie de l’immobilier plutôt que du mobilier :

C’est un des rares objets que, par tradition, on laissait pendre dans la cheminée lorsqu’on abandonnait sa demeure.
Lecoq, page 197

Il en était de même en Nouvelle-France (2).

Je n’ai pas retrouvé d’information à propos de cette coutume en Angleterre ou en Nouvelle-Angleterre bien que la crémaillère était bien sûr présente là aussi.

La crémaillère que l’on pendait : divers modèles

Il existe de multiples variétés de crémaillères. Lecoq les classe et les distribue sur le territoire français de la manière suivante :

  1. les crémaillères à dents au Nord,
  2. celles à chaîne et à crocs au Sud et
  3. celles à échelons, moins usitées selon lui et qu’on retrouvait un peu partout dans le pays.

Les trois types de crémaillères se retrouvaient aussi en Angleterre : on les voit dans le « Iron and Brass Implements of the English House » de Seymour-Lyndsay

Les crémaillères de Seymour Lyndsay

Les crémaillères de Seymour Lyndsay

et dans le The Kitchen Catalogue de Brears.

Les crémaillères de The Kitchen Catalogue de Peter Brears Nº 50 à 86

Les crémaillères de
The Kitchen Catalogue de Peter Brears
Nº 50 à 86

Comme partout, il y en a aussi en Nouvelle-Angleterre. Plummer nous en présente de tous les types et Sonn, si peu bavard habituellement admire les crémaillères qui donnèrent lieu à tant de travail décoratif de la part des forgerons.

Les crémaillères à chaîne sont apparues les premières. Lecoq les fait remonter à l’époque de la Tène. Pour Brears :

Probably the earliest form of pot-hook was the pot-chain …
Brears, The Kitchen Catalogue, page 6.

Quant aux crémaillères à dent, Brears note que cette forme apparue au Moyen-Âge est demeurée la même jusqu’au 19e siècle.

Pour Seymour Lyndsay (page 12), les grandes crémaillères à dents (ses dessins nº 41, 35 et 42), étaient faites pour être suspendues d’une grande barre qui traversait la cheminée. Cette barre pouvait être de bois ou de fer. La hauteur à laquelle elle traversait la cheminée permettait l’utilisation du bois. Avec le fer cependant, le risque de retrouver une marmite et ses repas dans les flammes n’existait pas.

Les crémaillères à échelon ou à ergots, de plus petites dimensions semble-t-il en Angleterre, étaient pendues à une potence. Ce n’était pas nécessairement le cas en France : des crémaillères de la collection Hotermans, notamment celle numérotée  nº 71.1.135.2 et dont je donne un aperçu ci dessous, une crémaillère à ergots, mesure 1605 mm en pleine extension. Elle devait être pendue à un crochet par son anneau de 455 mm de diamètre intérieur et le crochet devait à son tour pendre à un barre transversale. Sinon, il eut fallu une potence d’une dimension dont je n’ai jamais trouvé d’exemple.

Voici trois crémaillères à dents pendues à un support en arc.

Trois crémaillères sur support en arc, Collection Hotermans nº 71.1.133 Musée Stewart Photographie : Yves Couture

Trois crémaillères sur support en arc,
Collection Hotermans nº 71.1.133
Musée Stewart
Photographie : Yves Couture

Le support était pendu à un crochet qui lui était installé sur un crochet glissé sur une barre transversale.

Les dimensions de cet ensemble sont imposantes. Dans la position où la photo montre les crémaillères, à leur plus court, l’ustensile mesure 1104 mm de hauteur. À sa pleine extension il faut ajouter 565 mm pour un total  d’environ 1670 mm de longueur. Avec ses 581,5 mm de largeur, cet ensemble se trouvait dans une cheminée dotée de proportions dont nos petites cheminées gazéifiées ne nous donnent aucune idée!

Voici une crémaillère à chaîne et à crocs :

Crémaillère à chaîne & à crocs Collection Hotermans nº 71.1.147.2 Musée Stewart Photographie : Yves Couture

Collection Hotermans
nº 71.1.147.2
Musée Stewart
Photographie : Yves Couture

Et une à ergots :

DSC04696_1024

Collection Hotermans, nº 71.1.135.2
Musée Stewart
Photographie, Yves Couture

DSC04697_1024

Photographie Yves Couture

 Et d’autres …

Les prochains articles présenteront des crémaillères mesurées, admirées et photographiées au Musée Stewart. Il y en a une où le forgeron nous a rendu le service de marquer la date : 1741.

Crémaillère à dents (1741) Collection Hotermans nº 71.1.144.3 Musée Stewart Photographie : Yves Couture

Crémaillère à dents (1741)
Collection Hotermans nº 71.1.144.3
Musée Stewart
Photographie : Yves Couture

Comme toujours, ces articles fourniront les informations nécessaires et, j’espère, suffisantes à la reproduction ou copie de ces ustensiles.

Enfin, je m’en voudrais de ne pas mentionner l’excellent article que voici sur les crémaillères.

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Notes

  1. Les bergers utilisaient une crémaillère en bois. À la page 206, Lecoq nous présente une crémaillère en bois qu’il appelle « crémaillère de berger » mais qui a nettement des allures de potence. À la page 202, il y a une crémaillère à échelons dont le crochet est en fer. Les échelons sont percés dans une pièce de bois.
    Les crémaillères de la Nouvelle-France étaient probablement en fer pour durer assez longtemps pour faire partie de l’immobilier de la maison. La crémaillère en bois étaient sans un expédient commandé par le voyage ou la pauvreté.
  2. Séguin, (page 20) utilise le « quelquefois » à propos de cette coutume.
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A propos Yves Couture

Yves Couture forgeron, ferronnier vous avise, de ce qu'il est à votre disposition pour forger toute manière de crochet & autre système de suspension pour les ustensiles de cuisine, les vêtements, chapeaux, chaudrons, poêles, les balais, les clefs & aussi toute manière d'équerres & de potences pour soutenir des étagères de bibliothèques, pour des objets, pour des plantes que vous voulez accrocher au mur ou poser sur un banc, pour soutenir une crémaillère dans un foyer, sans compter la quincaillerie qu'il peut forger pour vos portes de maison & de jardin telle que clenches, crochets de retenue, verrous, pentures de toutes sortes & des grilles de séparation de pièces dans votre maison, des défenses pour vos soupiraux comme celles de la Place Royale à Québec ou celles à la manière de la volée d’oiseaux des fenêtres de l'ancien Hôpital de l'Hôtel-Dieu de la même ville, des balustrades pour vos balcons & toute autre quincaillerie que vous voudrez bien lui demander telle que des tasse-braises pour les fumeurs de pipe & tout cela sur mesure, selon vos besoins & à des prix qui vous étonneront & vous raviront. De plus, grâce à des recherches approfondies & soutenues, il est aussi en mesure de reproduire pour vous tout instrument ou ustensile de foyer & de cuisine en usage en Nouvelle-France tels que chenet, landier, hastier, tisonnier, pince, pare-étincelles, crémaillère, râtelier de cuisine du plus simple au plus complexe, des fourchettes d'honneur de même manière, des couvre-feux, des accotes-pots, des mains de fer, trépieds, potences, grils à plateau fixe & à plateau tournant, grille-poissons, grille-pain, broches & brochettes avec leurs supports & des moraillons verseurs, des couronnes d’office, des tourne-rôts à ficelle &c. qui vous permettront de donner à votre foyer moderne ou à votre âtre traditionnel une touche d’authenticité qui ne fera qu’en adoucir la chaleur. Son expertise en ces matières repose sur les livres spécialisés en la matière qui se trouvent dans sa bibliothèque et sur l'analyse des objets de la collection Hotermans du musée Stewart de Montréal qu'il a le privilège de pouvoir étudier. Cette collection d'ustensiles et d'outils en fer du XVIIº et du XVIIIº est une ressource essentielle pour connaître les outils de cuisine de la Nouvelle-France. Il faut aussi compter ses recherches en France, principalement en Bretagne et les quelques acquisitions de pièces qu'il a eut le bonheur d'y trouver
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