Un tournerôt à ficelle

Il semble que les français ont enseigné la technique aux Indiens

Desloges nous le dit :

Depuis, les Français leur ont donné accès aux couteaux de fer. Ils pouvaient aussi utiliser la technique de la corde d’écorce afin de faire tourner la viande au-dessus du feu.
— page 35.

Le  texte n’est pas limpide. Cependant, il suit une description d’une toute autre manière de faire chez les autochtones , la technique du tournerôt à ficelle la remplaçant.

Devant le feu et non au dessus de celui-ci

Il faut noter que la viande attache au tournerôt à ficelle n’était jamais rôtie au dessus du feu comme le dit Desloges mais devant celui-ci. D’ailleurs, Scully, le traducteur de Scappi commet la même imprécision. Il y a plusieurs raisons  qui font que le tournerôt à ficelle devait tourner devant le feu et non au dessus de lui :

  1. La récente culture du bar-b-q apprécie favorablement le goût de la fumée et la carbonisation que causent les flammes. Ce goût n’était pas prisé à l’époque de la cuisine sur l’âtre. D’ailleurs une technique de cette cuisine voulait et veut encore, que plus le morceau de viande à rôtir est gros, plus il doit être éloigné du feu.
  2. Placer le tournerôt à ficelle au dessus du feu risquerait de faire brûler la corde ;
  3. il semblerait inutile de faire tourner la viande au dessus du feu puisqu’une seule partie de la viande y est exposée. Le tourne-rôt à ficelle sert précisément à faire rôtir la viande sur toutes ses faces.
  4. Quand le tourne-rôt à ficelle a fini de tourner, il faut tordre la corde à nouveau pour qu’elle reprenne son mouvement de rotation alternatif. Il serait difficile de retordre la corde au dessus du feu. Il serait aussi difficile d’installer la corde au dessus du feu
  5. Il serait impossible de contrôler la distance de la pièce de viande eut égard au feu : elle aurait toujours tendance à y descendre.

Le tournerôt  ficelle a connu une utilisation répandue

Comme le décrit  Seymour Lyndsay dans son « Iron and Brass Implements of the English House » le tournerôt à ficelle était suspendu devant le feu comme le sera le « bottle jack »:

A simple form of the dangle spit, the immediate forerunner of the bottle jack, has an adjustable hook or group of hooks suspended by a cord, the winding and unwinding of which provided the rotary movement which was assisted by two weight flyers at the top of the metal stem.
…page 24 (100)

Symour Lyndsay's dangle spit drawing nº 100

Le tournerôt à ficelle de Seymour Lyndsay
dessin nº 100, à gauche

On l’utilisait donc en Angleterre.

On trouve chez Lecoq dans « Les objets de la vie domestique« , un dessin générique de cet ustensile :

Il est si semblale à celui de Seymour Lyndsay qu'on pourrait croire que Lecoq a lu le même livre que nous ...

Il est si semblale à celui de Seymour Lyndsay qu’on pourrait croire que Lecoq a lu le même livre que nous …

La description de Lecoq :

 » … un crochet lié à une ficelle; celle-ci était suspendue au manteau de la cheminée. On tordait la ficelle qui entraînait la pièce à rôtir dans un mouvement alternatif de rotation.
Ce système fut perfectionné en attachant la ficelle à un « balancier à verges » qui régularisait et entretenait le mouvement rotatif. »
— page 129

Noter encore que le tournerôt tourne devant le feu …

De France, il est venu en Nouvelle-France, on l’a vu et d’Angleterre, il est venu en Nouvelle-Angleterre. Il y en deux chez Plummer (« Colonial Wrought Iron« ).

Plummer 1-30

Avec celui de gauche, privé de balancier à verges, il fallait entortiller la ficelle très souvent.

Celui que je veux reproduire se trouve dans le  « The Kitchen Catalog » de Brears. C’est le plus élégant que j’aie trouvé. Les dessins de Brears sont à l’échelle, j’ai pu en dessiné les détails à l’échelle 1:1.

Le tournerôt du « Kitchen Catalog » de Brears

Toutes les dimensions sont données en millimètres.

La hauteur totale avec le crochet en place comme sur le dessin de Brears, 480 mm.

Les textes manuscrits et les dessins à l’échelle 1:1 sont tirés d’un cahier que je remplis (lentement) avec des dessins d’ustensiles de la Nouvelle-France.

Le dessin de Brears:

Brears' Kitchen Catalog nº 161

Brears
The Kitchen Catalog
nº 161

Partie supérieure de la structure et  les poids qu’on y accrochait :

Brears dessin gauche

Les dimensions de la partie supérieure :

A sheet for the dimensions of the top part of the implement

La partie qui retient les crochets :

Brears dessin droite

Les crochets :

Brears dessin bas

C’est un projet intéressant. La difficulté majeure se trouve dans la soudure des bras de la croix qui aurait tendance rendre difficile le maintien de la forme et l’épaisseur à la croisée des pièces.

J’imagine déjà cailles et volailles se dorer en tournant devant le feu!

A propos Yves Couture

Yves Couture forgeron, ferronnier vous avise, de ce qu'il est à votre disposition pour forger toute manière de crochet & autre système de suspension pour les ustensiles de cuisine, les vêtements, chapeaux, chaudrons, poêles, les balais, les clefs & aussi toute manière d'équerres & de potences pour soutenir des étagères de bibliothèques, pour des objets, pour des plantes que vous voulez accrocher au mur ou poser sur un banc, pour soutenir une crémaillère dans un foyer, sans compter la quincaillerie qu'il peut forger pour vos portes de maison & de jardin telle que clenches, crochets de retenue, verrous, pentures de toutes sortes & des grilles de séparation de pièces dans votre maison, des défenses pour vos soupiraux comme celles de la Place Royale à Québec ou celles à la manière de la volée d’oiseaux des fenêtres de l'ancien Hôpital de l'Hôtel-Dieu de la même ville, des balustrades pour vos balcons & toute autre quincaillerie que vous voudrez bien lui demander telle que des tasse-braises pour les fumeurs de pipe & tout cela sur mesure, selon vos besoins & à des prix qui vous étonneront & vous raviront. De plus, grâce à des recherches approfondies & soutenues, il est aussi en mesure de reproduire pour vous tout instrument ou ustensile de foyer & de cuisine en usage en Nouvelle-France tels que chenet, landier, hastier, tisonnier, pince, pare-étincelles, crémaillère, râtelier de cuisine du plus simple au plus complexe, des fourchettes d'honneur de même manière, des couvre-feux, des accotes-pots, des mains de fer, trépieds, potences, grils à plateau fixe & à plateau tournant, grille-poissons, grille-pain, broches & brochettes avec leurs supports & des moraillons verseurs, des couronnes d’office, des tourne-rôts à ficelle &c. qui vous permettront de donner à votre foyer moderne ou à votre âtre traditionnel une touche d’authenticité qui ne fera qu’en adoucir la chaleur. Son expertise en ces matières repose sur les livres spécialisés en la matière qui se trouvent dans sa bibliothèque et sur l'analyse des objets de la collection Hotermans du musée Stewart de Montréal qu'il a le privilège de pouvoir étudier. Cette collection d'ustensiles et d'outils en fer du XVIIº et du XVIIIº est une ressource essentielle pour connaître les outils de cuisine de la Nouvelle-France. Il faut aussi compter ses recherches en France, principalement en Bretagne et les quelques acquisitions de pièces qu'il a eut le bonheur d'y trouver
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