A new year

To everyone of you, I offer my best wishes for the new year that comes … running.

Personnaly, I will strive to continue presenting iron kitchen utensils which are mostly elegant, often beautifull and always interesting. Though they may be objects of a past material culture, they still manage to delight us. This is the gift I offer you with my wishes of health for you and yours.

standing rotating candle holder with candle-socket and rush-light holder Hotermans collection, when analysed in the Stewart Museum
it was drawn by Lecoq in « Les Objets de la vie domestique« , page 282

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Pour le nouvel an

À vous toutes et à vous tous je veux offrir mes meilleurs vœux pour l’année qui arrive … si vite.

Pour ma part, je m’efforcerai de continuer à vous présenter des ustensiles de cuisine en fer élégants la plupart du temps, beaux souvent et toujours intéressants. Ce sont des objets d’une culture matérielle passée, mais qui nous ravissent encore. C’est le cadeau que je veux vous offrir avec mes vœux de santé pour vous et les vôtres.

Chandelier tournant posé à pince et à douille Collection Hotermans
au moment de sa découverte au musée Stewart
il fut dessiné par Lecoq dans « Les Objets de la vie domestique« , page 282
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Éliminons la confusion entre chenets, landiers et hâtiers

Devoir de rectification

Scappi gravure nº 6
Cuisine de campagne montée au cours des voyages du pape en 1590

Les chenets, les landiers, et les hâtiers étaient des ustensiles importants en Nouvelle-France. Dans « Les ustensiles en Nouvelle-France » Robert-Lionel Séguin souligne que

L’ustensile (le chenet) est bientôt dans toutes les maisons.
(page 6)

Le landier se trouve pratiquement dans toutes les maisons dès le XVIIIe siècle, même si son usage n’est jamais aussi répandu que celui du chenet. Quelquefois, le landier est appelé « gros chenet ».
(page 9)

Séguin constate une confusion dans les termes sans l’éclaircir.

Même Lecoq entretient la confusion.

À la page 14 de « Les objets de la vie domestique«  dans la marge, il nous fait voir les chenets gaulois conservés au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. Quand il les décrit dans le texte tout à côté de l’illustration il parle plutôt de « L’admirable landier gaulois ».

Dans un article de 2013 j’ai voulu distinguer les chenets, landiers et hâtiers les uns des autres. Je ne suis pas revenu sur le sujet. Jusqu’à maintenant.

Aiguillonné par le courriel d’un lecteur me disant qu’il demeure des confusions malgré ma proposition de 2013, je me suis relu. Il avait raison.

Distinguer par les fonctions

La confusion vient de l’utilisation de la dimension et de la forme pour distinguer les trois ustensiles.

Lecoq encore :

Le nom de chenet doit être donné aux ustensiles de petites dimensions et de forme ramassée qui servent uniquement à soutenir les bûches de bois dans la cheminée.
(page 61)

Quand les dimensions cessent-elles d’être petites ?

Mercuzot pour sa part, sous le titre « Chenets et landiers » nous dit :

Quoique la confusion entre les deux termes ait régné au cours des siècles, il est admis aujourd’hui que la différentiation tient à la forme et à la fonction.
(Mercuzot, André ; « Fer forgé, histoire, pratique, objets & chefs-d’œuvre » page 146)

La forme est un concept vague.

Pour Genêt et al. dans « Les objets familiers de nos ancêtres » le landier est un

Gros chenet de cuisine en fer placé par paire dans la cheminée. Il sert à supporter les bûches du foyer. Le landier est ordinairement armé de crochets sur lesquelles on dépose les broches à rôtir.

Encore ici les dimensions, comme chez Lecoq.

Ce que dit Robert Lionel Séguin dans « Les ustensiles en Nouvelle-France » est intéressant. Il reprend la définition de Furetière pour le chenet et qui remplit une seule fonction, celle de soutenir le bois pour qu’il brûle mieux. Et pour le landier il nous dit que

Ce sont de gros chenets sur lesquels sont placées les bûches. Les landiers qui supportent une broche à rôtir, prennent le nom de hâtier.
(page 8)

Ce qui a retenu mon attention ce n’est pas la définition de Séguin qui ne résout pas la confusion qui nous préoccupe, mais la manière dont Séguin comme Furetière est arrivé au hâtier, son utilisation de la fonction pour décrire l’ustensile.

Je propose d’éliminer la forme et la dimension et de ne conserver que la fonction pour déterminer ce qu’est un chenet, un landier ou un hâtier.

Hâtier à crémaillère, Nº 71.1.18A
Collection Hotermans

Les accessoires de soutien de cuisine que sont les chenets, landiers et hâtiers peuvent remplir trois fonctions :

  1. supporter le bois pour activer sa combustion ;
  2. supporter des broches devant le feu pour rôtir des viandes, des volailles ;
  3. supporter une rouelle au sommet de leur montant. On y dépose des braises ou un petit brasero pour garder les aliments au chaud ou pour cuire plus aisément ceux qu’il faut touiller.
  1. Si l’accessoire de soutien de cuisine ne remplit qu’une seule fonction,
    1. c’est un chenet s’il supporte du bois,
    2. c’est un hâtier s’il supporte des broches devant le feu.
  2. Si l’accessoire de soutien de cuisine remplit au moins une fonction, en sus de supporter les bûches,
    1. c’est un landier s’il supporte une rouelle et un landier monté en hâtier s’il supporte sa rouelle et des crochets pour supporter les broches devant le feu ;
    2. le chenet devient un chenet monté hâtier s’il est muni comme, le landier qui précède, de crochets fixes ou de crochets ajustables pour porter des broches.

Les chenets, c’est simple

Ils ne font qu’un travail, celui de supporter les bûches.

En voici de jolis.

Collection Hotermans

Et il y en a de moins simples.

Les chenets ainsi enjolivés se retrouvaient dans des salons ou des chambres plutôt que dans la cuisine.

Collection Hotermans

Ainsi, que le montant de l’ustensile qui ne fait que soutenir les bûches dans la cheminée atteigne une hauteur de 250 mm , 650 mm ou 1200 mm et même si dans Wikipedia on peut lire que les landiers sont de « hauts chenets dotés d’une tige parfois plus d’un mètre de hauteur », nous éviterons dorénavant de différencier landier et chenet par la hauteur du montant. Un chenet géant est un chenet géant. Il n’est pas devenu un landier en grandissant !

Mais il peut devenir un chenet monté en hâtier s’il est muni de crochets pour soutenir les broches à rôtir.

Ces crochets peuvent être fixes ou mobiles. Par exemple :

Landier de la collection Hotermans

Le crochet est ajustable en hauteur sur crémaillère. Noter que le barreau porte-bûche a été torsadé pour soutenir les bûches sur l’arête.

Barreau porte-bûche torsadé

Les hâtiers aussi c’est simple

Les hâtiers sont

destinés à supporter les « hastes » ou broches à rôtir; leurs formes et leurs dimensions sont très variables, mais leurs caractéristiques essentielles sont les crochets disposés le long de leur montant et sur lesquels on plaçait les hastes.
Lecoq, page 65

Leur fonction est claire. Il y en a qui sont mobiles comme le petit hâtier de la collection Hotermans, qu’on peut placer dans un coin de la cheminée au-dessus de braises ou devant le feu de l’âtre.

On retrouve d’ailleurs le même chez Scappi en 1590 ici à gauche, à droite et à l’illustration 18 ci-dessous.

Ou cet autre hâtier qui supporte de petites broches :

Collection Hotermans

Même grands ils peuvent être mobiles comme ceux que j’ai reproduits l’été dernier. Ils peuvent être appuyés aux jambages de la cheminée ou même dans certaines circonstances à son contrecœur.

Reproduction en paire du hâtier 71.1.17 de la collection Hotermans
pour une série télé
Le grand hâtier original
nº 71.1.17 de la collection Hotermans

Ils peuvent aussi être fixes. Il sont alors généralement scellés dans les jambages ou le manteau de la cheminée.

Les hâtiers, petits ou grands, mobiles ou fixes supportent des broches et ne font rien d’autre.

Les landiers supportent des rouelles

Dans son article sur le landier dans le Dictionnaire raisonné du mobilier français, Viollet Le Duc décrit les landiers comme munis de rouelles. S’ils sont aussi munis de crochets pour supporter les broches, ils deviennent des landiers montés en hâtier.

Sur le landier monté en hâtier qui apparait ci-haut, les crochets destinés à soutenir les broches sont fixes.

Au-dessus du montant il y a une rouelle. Celle-ci semble faite pour recevoir un brasero. Celle de gauche, moins ajourée peut recevoir des braises. Je pense …

Dessin de Viollet Le Duc

Enfin

Ayant accepté l’objection apportée par un lecteur dont le commentaire est publié ci-dessous j’ai modifié l’article pour tenir compte de cette collaboration plutôt qu’objection. Il n’y a donc de landier que s’il y a une rouelle. La fonction de hâtier peut être remplie par un hâtier si l’ustensile ne fait que ça, par un chenet ou un landier qu’on aura monté en hâtier. Le chenet et le landier supportent des bûches.

Voici une paire de landiers montés en hâtier.

Les photographies qui suivent m’ont été transmises par une lectrice dont la famille est propriétaire de ces beaux ustensiles.

Les crochets et les anneaux sont montés sur une tige munie de douilles à ses extrémités qui pivote autour du montant du landier. Les broches peuvent être positionnées devant ou derrière le montant. La section des barreaux porte-bûches est importante. La cheminée à laquelle ces landiers étaient destinés devait être imposante.

Le détail des pieds est remarquable. Cette paire de landiers si élégants avait une grande valeur.

Ces pieds décorés d’un arbre de vie ou d’arêtes de poisson dirons d’autres, la finesse de l’enroulement des volutes, leur élégance me font croire que cette paire de landiers a pu être offerte en cadeau de mariage.

De toutes façons, le forgeron a produit de la beauté, cadeau ou pas, une beauté qu’une famille a voulu conserver. Admirons-les avec eux. Remercions-les aussi.

Une exception à la règle ?

À la page 63 de « Les objets de la vie domestique » , en haut de la page, il y a trois photographies d’ustensiles.

La paire dans la photographie de droite est … asymétrique : le landier à droite avec sa rouelle, à gauche, un chenet. Cette agencement nous dit Lecoq était volontaire. Le sommet du chenet servait d’appui à la cuisinière. J’aimerais connaître les sources de l’auteur quant à cette dernière explication, mais passons.

À l’évidence, nous avons ici une paire de quelque chose, c’est-à-dire deux objets symétriques destinés à être utilisés ensemble (Le Petit Robert). Mais nous avons une paire de quoi ? Ferons nous une exception à la règle ? Je dirais une paire de …

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La belle du Nord, la grande du Sud

À celle du Nord, une crémaillère à dents,

Crémaillère à dents du Nord
XVIIe siècle

est venue se joindre celle du Sud, une crémaillère à chaîne et à crocs.

Crémaillère à chaîne de l’Ariège
Photo du vendeur

Les crémaillères à chaînes et à crocs

Ces crémaillères étaient connues à l’Âge de Fer. Les plus anciennes remontent à l’époque de la Tène. Les crémaillères à chaînes et à crocs étaient accrochées à une barre scellée dans la cheminée. Il y en avait deux types. Le type qui décrit la nôtre est le plus courant.

… le plus courant est formé de deux tiges reliées par une suite d’anneaux formant chaîne. La tige supérieure, terminée par un croc de suspension, est dotée à sa base de 2, 3 ou 4 crochets parfois façonnés en tête d’animal. La tige inférieure se replie à sa base pour former un large croc qui reçoit l’anse des chaudrons ; à sa partie haute, elle se recourbe en 1 ou 2 crocs qui, glissés dans des anneaux, permettent de raccourcir la  crémaillère à volonté.
(Lecoq, page 199)

Le pays d’où elles viennent

Au nord de la Loire, les crémaillères à dents, au sud les crémaillères à chaîne. Celle dont il s’agit ici serait typique de l’Ariège selon les informations fournies par le vendeur (après que la vente fut complétée).

L’Ariège se trouve en plein cœur de ce qui fut le pays des Cathares. C’est là que se dressent encore les restes du château de Montségur, bâti sur le village détruit par l’Inquisition et les soldats du roi de France parce que c’était un haut lieu de résistance de l’hérésie.

Notre crémaillère vient de là.

Le coup de foudre

Au musée Stewart, je n’en ai pas vu comme comme celle-là. Celles que j’ai vues se conformaient au type décrit plus haut par Lecoq, essentiellement efficaces, sans plus. Elles suscitaient la curiosité mais elles ne procuraient aucun choc esthétique. Les deux qui suivent sont typiques. 

Les extrémités des crochets à la base de la tige supérieure
sont en forme de tête de serpent
Collection Hotermans
nº 71.1.147.3
Collection Hotermans
nº 71.1.147.2

Les torsades constituent le seul ornement ou presque. Elles sont sans doute habituelles parce que faciles à forger et pas du tout désagréables à voir avec leur façon de renvoyer la lumière. Leur facture est cependant souvent grossière : forgées à des températures différentes, les torsades sont inégales sur la longueur d’une même tige. Je n’ai jamais senti le besoin d’aller au delà d’une connaissance de l’existence de ce type de crémailllère.

Puis, un jour, une géante apparait en ligne, élégante, de la présence, une qui vous regarde de haut, une solide. Je n’ai pu résister. Moi qui n’aime pas du tout les enchères avec les émotions fortes qu’elles apportent, mais qui ne sont pas du tout nécessaires, je m’y suis mis. Du fond du dernier rang, si l’on peut dire, j’ai attendu, surveillé. Puis, j’ai appuyé sur le bouton en espérant ne pas avoir été trop chiche ni avoir trop offert. Elle est ici et remplit ses promesses.

Si elle a un défaut c’est le nettoyage qu’elle a subi et qui a laissé des traces légères, mais des traces quand même. J’eus préféré la nettoyer moi-même.

Elle a subit un accident, un crochet au sommet de la tige supérieure a été brisé. Ce bris n’est pas pour moi un défaut. Comme nous, si les objets vivent assez longtemps, il va surement leur arriver quelque chose.

Les particularités de la crémaillère de l’Ariège.

Déjà, sur la première photo où elle parait sur toute sa longueur elle se démarque des autres.

Elle est longue. Elle mesure 1720 mm.

Les matériaux utilisés pour les tiges sont plus importants que ceux que j’ai pu voir jusqu’à maintenant. La masse est importante. Les frais de transport m’en avaient déjà assuré ! Celles que l’on voit habituellement paraissent maigrichonnes. Il y en a sur eBay.fr. Recherchez « Crémaillère dans les objets avant le XIXe siècle« . Elles y sont souvent nombreuses.

Partie du bas de la tige supérieure
La section est alors celle d’un plat
Photo du vendeur

Pour celles que j’ai vues, la section des fers utilisés ne dépasse pas 10 mm.

La section de la tige supérieure de la nôtre passe d’un plat à sa base, photo précédente, de 15 mm x 25mm à un carré de 15 mm de côté à son sommet, photo suivante. Elle mesure 460 mm de long.

Sommet de la tige supérieure
La section est celle d’un carré à ce niveau
Noter l’absence du quatrième croc qui a été brisé
Les extrémités des crochets au sommet de la tige supérieure
sont en forme de tête de serpent
Photo du vendeur

Au lieu de plier simplement le bout au sommet de la tige supérieure pour former le crochet de suspension, le forgeron en a rajouté. Après avoir soudé les crochets au sommet de la tige, il a forgé l’extrémité ainsi obtenue en tenon. Celui-ci a été inséré dans un œillet forgé dans un anneau de forme triangulaire qui fait pivot puis riveté. Cette façon de faire que je n’ai jamais vue, ajoute encore à la masse. Un crochet a ensuite été rajouté pour lier la tige supérieure directement à la barre dans la cheminée puis à la rallonge.

La section de la tige inférieure est carrée et fait 13 mm de côté sur une longueur de 375 mm. Les anses des chaudrons sont posées sur le croc évasé de la base et le croc du sommet est accroché à un des anneaux pour régler la hauteur du récipient au-dessus de l’âtre.

Tige inférieure

La rallonge a été forgée dans un fer de section carrée de 13 mm de côté. Elle mesure 535 mm de long. Encore un accroissement important de la masse de cette crémaillère.

Rallonge

Les torsades

Les fers composant les anneaux et les tiges des crocs sont presque toujours torsadés.
Lecoq, page 197

La tige inférieure et la rallonge sont torsadées.

La tige supérieure ne l’est pas.

Est-ce un oubli ? Il n’est pas possible que le forgeron n’ait pas vu au moment de l’assemblage que la tige supérieure n’était pas torsadée. Et si par hasard l’apprenti ne l’avait pas vu et avait assemblé l’ustensile ainsi, au moment de la livraison il était encore temps de le faire. La procédure est facile et ne demande pas plus de temps que celui qu’il faut pour boire un café, et moins de temps que pour une bière. On assemble à nouveau, on offre, après le café, des « désolé de vous avoir fait attendre » et voilà. On ne peut vraiment pas oublier de torsader un fer comme celui-là.

Ou c’est un choix du forgeron. Je suis sans explication. Même en se rappelant que tous les goûts sont dans la nature et que les goûts ça se discute mal, on a quand même envie de discuter.

À propos des anneaux

Les anneaux torsadés sont de plus petit diamètre que ceux forgés dans des fers plats : 95 mm pour les grands et 70 mm pour les autres.

Trois petits anneaux torsadés

Deux de ces petits anneaux relient la chaine composée d’anneaux plats à la base de la tige supérieure. Le troisième, à droite se trouve à la base de la rallonge. Ces anneaux et la rallonge ont été forgés en même temps. Le travail n’a pas été fait par le forgeron d’origine qui lui, on doit le supposer, aurait sans doute forgé des anneaux pareils aux grands.

On peut supposer que la crémaillère a connu deux vies. On la voit mal, rallongée, servir dans la cheminée d’origine. Ou bien elle a déménagé ou bien on a refait la cheminée. Je pense qu’elle a servi ailleurs. Notons que l’acquéreur n’était pas pointilleux en n’exigeant pas que les nouveaux anneaux soit de même facture. Il ne recherchait que la fonction. Un aubergiste pressé ?

Les soudures

Des lignes à peine visibles, alignées dans le même axe au centre de la tige supérieure suggèrent qu’elle est constituée de deux fers plats qui ont été soudés ensemble. Je ne suis pas tout à fait sûr de cette affirmation. Si c’est le cas, la soudure est parfaite et ne laisse de trace que ces deux lignes minces.

Tous les anneaux sont soudés. Certains le sont parfaitement. On ne peut trouver le lien.

Les crochets au sommet et à la base de la tige supérieure, sont soudés et constituent partie de la masse de ces extrémités.

La décoration

Les crochets à la base de la tige supérieure sont tout à fait remarquables.

Crochets à la base de la tige supérieure
Photo du vendeur

Mercuzot affirme à propos des crémaillères à chaîne et à crocs que

Le seul élément décoratif réside dans les torsades de tout ou partie de l’ustensile.
(Mecuzot, page 150)

Raymond Lecoq, lui, on peut le lire dans la citation plus haut, affirme par ailleurs que les crochets sont parfois façonnés en tête d’animal. Il avait raison.

Si cet ustensile m’a intéressé dans son ensemble, le détail des crochets à la base de la tige supérieure m’a ravi. Que Mercuzot suggère que je ne trouverais jamais de crochet zoomorphe et Lecoq qu’il n’y en a eu que parfois, expliquent cet enthousiasme.

Le forgeron a ébauché à l’extrémité de ces crocs une tête d’animal.

Cette forme est la première qu’il faut donner au fer pour y forger une tête de chien, de cheval, d’ours : un parallélépipède, la tête, au bout d’une tige amincie, le cou.

Les crochets au sommet de la tige supérieure se terminent par des têtes de serpent (comme ceux de la première crémaillère de la collection Hotermans que je fais voir ci-haut). De tout ce qu’il peut représenter, le serpent représente aussi l’immortalité et la renaissance.

Avec les têtes de serpent du haut et le symbole qu’ils évoquent, on a envie d’ajouter que les extrémités des crochets du bas de la tige supérieure représentent des chiens qui eux gardent la maison. Ces deux décorations affirment la volonté du concepteur ou de l’acheteur de la crémaillère d’appeler le sort le plus bénéfique possible à descendre sur la maison où elle devait être installée.

En Nouvelle-Angleterre ?

La théorie veut que ces ustensiles viennent du sud de la France. J’ai cherché à voir s’il y en avait en Angleterre ou ailleurs. Juste pour voir. Par exemple, en serait-il arrivé d’Allemagne ou d’Angleterre par les colons qui ont préféré la plage de Cape Cod aux bancs de neige de Sept-Îles. Je n’en ai pas trouvé chez Sonn, dont les commentaires sont précieux, mais …

Je fus fort étonné quand je vis deux crémaillères à chaîne dans la collection Sorber présentée par Don Plummer dans « Colonial Wrought Iron, The Sorber collection« . Il y en avait donc en Nouvelle-Angleterre de ces crémaillères.

Plummer, page 16

Plummer ne date pas ces ustensiles et si on l’en croit, elles étaient rares ces crémaillères à chaîne en Nouvelle-Angleterre. Il explique leur existence par l’inventivité du forgeron. C’est un peu court.

Assumons que les deux crémaillères à chaîne et à crocs qu’il présente furent forgées en Nouvelle-Angleterre. Si on regarde bien le détail du croc d’ajustement de la hauteur (de l’illustration 1-32) la facture, la technique en tous cas est clairement française. Comment expliquer ? Je me risque, la piste est étroite.

Dans « The Kitchen Catalogue, Castle Museum York », à l’illustration 50, Brears a dessiné une crémaillère à chaîne qui ne vient pas du sud de la France !

Brears, The Kitchen Catalogue
Castle Museum, York

Le commentaire en marge de l’illustration décrit le fonctionnement de la crémaillère et affirme que ce système était déjà bien connu à l’Âge du fer. Puis, il écrit : « Scottish, 18th cent. (?)« , soit l’origine et une date ce qui est rare chez Brears.

Or, on sait qu’il est difficile de distinguer un ustensile de cuisine forgé en France d’un autre forgé en Écosse : il y a des fourchettes d’honneur écossaises en tout point comparables à des fourchettes d’honneur françaises.

The large four-pronged fork (176) is from Scotland, and shows strong Continental influence : the tightly-wrapped scrolls and the quantity of detail merely for decoration is not characteristic of English smithcraft.
Lindsay, page 34

En Écosse, on décorait les ustensiles comme on le faisait en France. On connait l’étroitesse des liens entre les Écossais catholiques et les Français.

Ainsi, assumant que les crémaillères à chaîne de la collection Sorber ont été forgées en Nouvelle- Angleterre, elles ont été forgées par un forgeron écossais ou commandées par un écossais ou encore, suivant les indications d’un colon de Nouvelle-France qui participait aux échanges commerciaux illicites entre les colons de la Nouvelle-France et ceux de la Nouvelle-Angleterre.

La théorie me parait sauve.

Et en Nouvelle-France ?

Ce type de crémaillère aura été aussi fréquent en Nouvelle-France que l’éclairage au moyen des éclats résineux. Les chances sont donc minces. C’est tout à fait possible cependant. Deux considérations.

La première : en sachant que l’on trouve des crémaillères à chaîne en Nouvelle-Angleterre, si on accepte la possibilité qu’elles peuvent y être parvenues par des colons français qui faisaient commerce avec la Nouvelle-Angleterre, on vient de dire qu’il y en a eu en Nouvelle-France.

Deuxième considération : dans l’ouvrage « La Noblesse Canadienne, Regards d’Histoire sur deux continents » de Yves Drolet et Robert Larin publié chez Septentrion et disponible en ligne, il y a deux nobles qui viennent de la région où notre crémaillère a été forgée et qui peuvent fort bien avoir importé sinon des crémaillères du moins le principe. Je cite (à peu près) :

Raymond Amyault d’Ausseville (1698), marchand, fils d’un capitoul de la ville de Toulouse ;
(page 33)
Joseph de Jordy de Cabanac et son neveu François de Jordy Moreau issus de Thomas de Jordy vivant à Carcassonne en 1549 dont la descendance a été maintenue dans sa noblesse en 1703.
(page 27)

Je laisse aux historiens de nous expliquer s’il y avait seulement les plus fortunés de cette région, les nobles qui pouvaient émigrer.

En somme

La crémaillère de l’Ariège voulait protéger la maison et lui assurer une longue vie.

Rare pour nous, cette crémaillère l’était probablement à son époque. Qu’on la compare encore à celles de la collection Hotermans dont je présente des exemples plus haut, à celles des ouvrages de Mercuzot et de Lecoq, de Brears et de Plummer et à celles qui sont mises en vente maintenant : c’était un objet de luxe. Les crémaillères qui révélaient la richesse d’une famille, qui en étaient orgueilleuses se retrouvent dans les crémaillères à dent, celles du Nord, pas dans celles du Sud, habituellement.

Tous ces détails suggèrent qu’à l’origine cette crémaillère était un cadeau de mariage. La rallonge et les anneaux qui ont rallongé l’ustensile ont répondu aux seuls besoins d’efficacité de quelqu’un d’autre.

Je soulignais que cette crémaillère est typique de la région de l’Ariège. Je ne peux préciser la signification de cette affirmation. L’est-elle typique par les matériaux utilisés, par la décoration, je ne sais. On ne peut que conclure que les crémaillères de cette région et qui ressemblent à celle-ci n’apparaissent que très rarement sur le marché des antiquités. Je n’en avais jamais vu jusqu’à maintenant.

Enfin, toute tentative de ma part de dater la crémaillère de l’Ariège ne serait que spéculation oiseuse. Je garde cet exercice pour moi.

Sa masse qui en impose, l’ornement qui la rend rare me ravissent. Je me devais de rendre hommage au forgeron qui l’a forgée, au client qui l’a commandée. Cet ustensile est bien fait, il est beau et comme plusieurs d’entre nous, il a connu deux vies. Pour la date il suffira de dire qu’il est vieux.

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Y a tous les jours, puis les dimanches

Un chandelier porte-éclats suspendu à crémaillère
Lindsay247

L’original à droite :

Ma copie :

Chandelier-porte-éclat
d’après Lindsay, Iron and Brass Implements of the English House

Pas d’ornement. Tout son intérêt, toute son élégance tiennent dans l’expression simple de sa fonction double : éclairer aux éclats et à la chandelle, la semaine, donc et le dimanche.

Les éclats résineux, un combustible d’éclairage

Un éclat tenu par la pince

Ce chandelier permet de s’éclairer avec deux combustibles différents, la chandelle qui s’insère dans la douille et l’éclat résineux qui s’insère dans la pince. Les éclats résineux sont moins connus que la chandelle.

Dans le Dictionnaire des inventions et découvertes anciennes et modernes, recueilli et mis en ordre par monsieur le Marquis de Joffroy (on est alors tout à fait sûrs qu’on devrait s’y fier … non ? …), on peut lire à la rubrique « Éclairage au gaz » que

Dans tous les temps, l’homme a senti le besoin de suppléer par une lumière artificielle à celle que lui refusait le soleil. Les moyens qu’il employa d’abord furent des plus simples : des éclats de bois, quelques branches d’arbres résineux. Bientôt les corps onctueux les graisses, les huiles …

Ces copeaux de bois, les éclats

provenaient le plus souvent d’essences résineuses taillées dans des parties de l’arbre bien choisies et à une époque propice.
(Mercuzot, page 193.)

Ces éclats furent utilisés jusqu’au début de l’aire industrielle la chandelle étant dispendieuse et, pour reprendre les termes de Mercuzot, étaient un combustible gratuit. Ils étaient utilisés en particulier par la classe paysanne française. Les éclats, donc pour la semaine. La chandelle pour les dimanches et … la visite.

Les éclats résineux en Nouvelle-France

Cependant, il semble que cette façon de s’éclairer n’ait pas été courante en Nouvelle-France.

Genêt & al. décrivent les lampes, becs de corbeaux ( appelé chaleuil dans la région de Québec), les chandelles, les bougies mais elles ne parlent pas des éclats résineux.

Jean et Proulx, auteurs de « Le commerce à Place-Royale sous le Régime français, Synthèse » (page 427) estiment pour ce qui est de la Place Royale à tout le moins qu’il y eut là deux modes principaux d’éclairage : le premier avec les lampes où on brûle une mèche alimentée par du gras animal et le second, le plus courant, à la chandelle. Pas d’éclats.

Avec Séguin (La Civilisation Traditionnelle, page 346), on peut ajouter le flambeau. Pas d’éclats.

Cependant, ce mode d’éclairage était connu de certains paysans français qui ont émigré ici. Il y a des chandeliers suspendus à crémaillère à douille et à pince chez Lecoq (page 286). Les paysans qui utilisaient les éclats résineux venaient du Sud Ouest de la France et des Alpes. Les provinces Limousin, Béarn, Gascogne, Languedoc, Roussillon et Provence ont fourni ensembles 8 % des émigrants (en 1680 environ). Ils étaient donc peu nombreux ceux qui sont venus ici s’éclairant traditionnellement avec ces éclats.

Et, c’était un éclairage de mauvaise qualité.

La lumière pâle et grésillante, distribuée chichement par ces éclats, n’incitait sans doute pas les usagers à faire la veillée. Par ailleurs, la fumée qu’ils dégageaient obligeait à ne les employer qu’à l’intérieur de la cheminée »
Lecoq, page 272

Ceux qui sont venus ici des provinces du Sud, s’ils n’ont pas emporté avec eux de porte-éclat et même s’ils l’avaient fait, ils ont dû rapidement intégrer à leurs vies un mode d’éclairage plus efficace, malgré les odeurs, que celui des éclats résineux.

En somme, les chances sont minces qu’il y eu jamais en Nouvelle-France de chandelier porte-éclat comme celui que je vous présente. Ceux qui venaient d’une région où l’on utilisait les éclats étaient peu nombreux et la performance de ce combustible était faible.

Pourquoi Lindsay247 dans un blog sur les ustensiles de la Nouvelle-France ?

On se demandera alors pourquoi je présente ce chandelier porte-éclat anglais (il y en eut dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre) après avoir découvert que s’il y eut des utilisateurs des éclats résineux comme combustible d’éclairage ici, ils furent fort peu nombreux.

Il procure un éclairage sur notre éclairage

Sa présentation ici permet de préciser, en éliminant, presque, les éclats résineux, la manière dont les Habitants se sont éclairés, les choix qui se sont offerts à ceux qui venaient du Sud pour l’organisation de leurs soirées. On peut dire que ces colons ont amélioré leurs vies non seulement en mangeant mieux qu’ils ne pouvaient le faire en France, mais aussi en s’éclairant mieux.

C’est un bel objet

Son élégance m’a littéralement forcé à le copier. Je n’ai pas résisté.

À propos de ma copie

La reproduction en était impossible : Lindsay ne donne qu’une seule dimension, une longueur de 39 pouces, 990 mm au plus court ; ne pouvant voir l’objet de visu, il n’est pas possible d’établir pour chaque élément la technique utilisée par le forgeron original. J’ai donc forgé une copie.

Les dimensions : 990 mm au plus court et 1260 au plus long.

Les trois soudures

Trois soudures au feu de forge sont visibles ci-dessous

  1. Celle de l’œillet qui retient la tige mobile dentelée à la tige fixe ;
  2. Celle de l’étrier qui s’appuie sur la butée au bas de la tige fixe ;
  3. Celle de la butée au bas de la tige fixe.

La soudure de l’œillet

La soudure de l’œillet de la tige mobile, celui qui retient celle-ci à la tige fixe lors de l’ajustement de la hauteur, a été obtenue de la façon suivante :

On enroule la languette autour d’une pièce de fer de la grosseur de la tige fixe qui sert de gabarit et on l’ajuste sur la tige mobile où on la soude

La soudure de l’étrier

La soudure de l’étrier a été forgée comme on forge un anneau de chaîne. Cette soudure n’était pas nécessaire parce que l’ensemble de la tige mobile avec la douille, la bobèche et la pince ne pèse pas bien lourd. La soudure produit cependant un travail de meilleure qualité sans joint visible et ajoute une grande solidité à l’ensemble.

La soudure la butée de la tige fixe

Elle a été obtenue en soudant à la forge un fer carré de (3/8″) 10 mm de côté autour de la tige fixe qui est une barre ronde de 10 mm de diamètre.

Le crochet de la tige fixe

Je n’ai pu me résoudre à simplement plier le bout de la barre de fer pour former le crochet comme sur le dessin de Lindsay. Il m’a fallu y ajouter une volute et j’ai forgé le crochet carré puis la volute dans un bout de barre ronde. J’aime cette transition du rond au carré au rond.

L’ensemble douille et pince

La pince est rivetée sur la tige mobile. L’ensemble douille et bobèche sert de contre-poids permettant de maintenir un éclat résineux entre la mâchoire de la pince et la tige mobile.

Il faut noter la longueur de la douille qui me parait exceptionnelle .

En somme, convaincu, que la beauté est un luxe qui devrait être communal, je ne peux en priver la communauté de ceux qui s’intéressent aux ustensiles de la Nouvelle-France. Faisons nous plaisir et croyons, au moins un instant, qu’en Nouvelle-France un colon a possédé un chandelier qui faisait la semaine puis les dimanches, qu’il l’élevait au plus haut pour éclairer une grande surface et qu’il le plaçait au plus bas pour faire de menus travaux.

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Un chenet qui a du chien !

Élégance

Ce (dit) chenet fait partie de la collection Hotermans. Son élégance vient de la simplicité avec laquelle on l’a monté en hâtier avec une crémaillère et de sa tige montante fuselée.

L’ustensile est décrit comme étant un chenet par le conservateur du musée.
Avec ses 620 millimètres de hauteur, on pourrait argumenter que c’est un landier

d’autant plus qu’il est monté en hâtier. Il fait donc double fonction.

Cette technique d’ajustement de la hauteur des broches (hastes : broche à rôtir) devant le feu au moyen d’une crémaillère n’est pas unique mais me parait rare en France et me semble alors avoir dû être rare en Nouvelle-France. Celui-ci de la collection Hotermans est le seul que j’ai vu. Je n’en ai trouvé ni chez D’Allemagne, ni chez Lecoq ou chez Mercuzot. Je n’en ai pas trouvé non plus dans la collection Vieux outils et art populaire.

Il s’en trouve cependant chez des auteurs d’Angleterre : un chez Deeley (page 24) avec deux crochets/étriers ; deux chez Brears dans son « The Old Devon Farmhouse » (Nº 852 et 856) dont un (Nº 852) imposant avec deux crochets/étriers. Chez Lyndsay, il y a celui de son illustration 17 qui a aussi deux crochets/étriers.

Note que j’ai prise au dos d’une enveloppe en voyant
l’illustration 17 de Lindsay.

La modification du calibre de la tige montante m’a intéressé.

Il y en a plusieurs chez les américains (Shiffer, 129C, Neumann ill.682, Plummer 1-16, Kaufman Bowers 151.

Ouaff!
Numéro 71.1.15.2 de la collection Hotermans

Quant au barreau porte-bûche, on voit sur la première photo qu’il supporte celles-ci sur l’arête et non sur le plat. Ce choix du forgeron m’a intrigué. Je le demeure.

Chenet ? Landier ?

La distinction entre le chenet, le landier et le hâtier a déjà été proposée. Je cite ici le parti pris par Mercuzot (page, 146).

Quoique la confusion entre les deux termes ait régné au cours des siècles, il est admis aujourd’hui que la différenciation tient à la forme et à la fonction.

Le chenet est en général de faible hauteur et sert presqu’exclusivement à supporter les bûches en permettant l’aération du foyer. Les landiers sont grands et possèdent une ou deux fonctions …

Le nôtre accomplit deux fonctions.

Petit chien

Enfin, pour s’assurer qu’on y voit bien un chenet (petit chien), le forgeron, sans doute par une sorte d’habitude à faire de la beauté, a donné au sommet de la tige montante forgé en forme de crosse une décoration zoomorphe.

Un arbre de vie pousse sur ses pattes.

Arbre de vie

Dimensions :
hauteur totale, 620 mm
largeur des pieds, 260 mm
longueur du barreau porte-bûche, 405 mm

Technique :

1, la formation des pieds

Pieds soudés au feu à la tige montante refendue

Les pieds en fer plat ont été soudés au feu à des plats obtenus en refendant la tige montante. La photo suivante souligne cette technique.

Photo du pied droit.
À l’aide de cette image, il est plus facile de repérer sur la photo précédente
la technique de la soudure au feu où l’on forge en forme de sifflet
une barre qui a, au préalable, été refoulée.

2, la soudure du barreau porte-bûche à la tige montante

Sur la photo qui suit, on peut voir que le barreau-porte-bûche et la tige montante ont été liés par soudure au feu.

Noter que les coins de la tige montante
ont été limés pour adoucir les angles

Enfin

Au départ le projet de l’article était simple : montrer le beau chenet. Cela n’a pas suffi.

Oui il y a l’élégance mais il y a aussi tout ce que cet ustensile méritait qu’on souligne à son sujet. La technique, intéressante (la soudure au feu est presqu’oubliée), est tout compte fait assez grossière. Le forgeron n’était pas de ceux qui travaillaient pour les « grands ». C’était un forgeron « ordinaire ». Cependant, à coups de marteau, avec un feu et une enclume, il a produit un ustensile qui a agrémenté, amélioré la vie de gens qui ne furent jamais des « grands », ceux dont je veux raviver la mémoire avec mon blog. Et la mémoire des forgerons. Et celle de l’odeur de ce qu’on y a mis à rôtir. Et celle surtout de celles qui se sont penchées sur ces rôtis.

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Pour une Nouvelle-France authentique

Des producteurs développent une série télé se déroulant en Nouvelle-France. Ils font preuve d’un grand souci d’authenticité.

Afin d’assurer un éclairage d’époque, on m’a demandé quatorze bobéchons de caviste de trois modèles différents. Pour soutenir les broches devant un foyer, on a commandé une paire de hâtiers comme celui de la collection Hotermans numéro 71.1.17.

Les bobéchons

Ils attendent dans les coulisses !

Huit bobéchons

Huit comme celui-ci

Huit bobéchons reprennent un modèle que j’ai déjà présenté dans ce blog.

À ce premier modèle, j’ai apporté une amélioration qui affine l’ustensile. Sur le premier, les pieds arrières sont rivetés. Leur extrémité avant est visible et les pieds paraissent être un ajout.

Le matériau des pattes arrières saute aux yeux devant.
Il y a là une lourdeur .

Sur ceux que je viens de forger, les pattes arrières ont été soudées au feu de forge à la tige qui, repliée, formera les pieds avant. Ces pieds arrières n’étant plus un ajout mais faisant partie intégrante de la structure, celle-ci est allégée, épurée.

Comme le matériau n’a qu’une épaisseur de trois millimètres, la réalisation de la soudure au feu de forge était délicate. Le risque de brûler le fer est plus grand.

Pour toute soudure au feu, il faut préparer les pièces.

Préparation des pièces pour la soudure au feu

Celles-ci ont ensuite été maintenues ensemble avec un fil de fer.

Assemblage des pièces pour les présenter au feu

Une couche de glaise protège l’extrémité de la brûlure.

Les extrémités couvertes de glaise

Et la soudure fut !

Les pièces soudées

Les extrémités des pièces soudées à la tige n’ont pas été fusionnées : il y avait un risque de modifier la longueur de l’ensemble en martelant cette partie pour la faire disparaître. Je n’ai pas voulu courir le risque …

Cette technique, a produit une pièce d’un seul tenant à forger.

Un bobéchon naissant qui tend les bras …

Quatre bobéchons

Quatre autres reprennent aussi un modèle que j’ai déjà présenté.

Quatre de celui-ci

Deux bobéchons

Deux des quatorze bobéchons sont une copie de celui qui apparaît à la page 287 de l’ouvrage « Les objets de la vie domestique » de Lecoq.

Bobéchon de caviste qu’on retrouve dans
« Les objets de la vie domestique » de Lecoq, page 287

Ne connaissant que la hauteur de l’ustensile les autres dimensions ont été déterminées à partir de mesures aussi précises que possible des proportions sur un calque de la photo du livre. Ne disposant pas de l’objet, il était impossible de connaître précisément les techniques utilisées par le forgeron original. Mon bobéchon de Lecoq ne pouvait être forgé à l’identique.

Ma copie du bobéchon Lecoq287

À propos de la bobèche : le processus de fabrication apparaît sur la photographie qui suit. L’enroulage est réalisé à froid sur une bloc d’étampe.

Étapes de production de la bobèche
Le cercle sur lequel le plateau et les pieds sont rivetés a été obtenu par la refente de la tige

Les hâtiers

Une paire de hâtiers comme celui de la collection Hotermans nº 71.1.17 pour tenir les broches devant le feu.

Collection Hotermans, Musée Stewart Hâtier nº 71.1.17

Mes notes à propos du hâtier de la collection Hotermans.

Le pied
Les crochets

Sur les miens, les crochets ont les mêmes dimensions que ceux de l’original, la même forme et forgés, pour la partie visible, selon la même technique.

Un crochet de l’original.

Au lieu de tenons ronds passant dans des trous ronds comme sur l’original, j’ai forgé des tenons carrés passant dans des trous carrés. Les tenons carrés assurent que jamais les crochets ne pourront tourner sur le hâtier, une précaution de trop sans doute, le rivetage des tenons étant suffisants. Mais bon … La photographie qui précède et le dessin qui se trouve ci-dessus montrent la technique de l’original.

Les « joues » indiquent que les trous ont été forgés
une fente est arrondie et le trou obtenu est mis au carré

Note sur les matériaux utilisés : pour le hâtier, fer plat 3/8″ x 1-1/4″ ; pour les crochets, fer carré 1/2″ ; pour les pieds, fer plat 1/2″ x 3/4″.

J’ai forgé les appuis en pointe au lieu de les laisser plats après la refente comme sur l’original. Un choix.

Prêts à partir

Au lieu d’utiliser une soudure en « T » comme la soudure originale, j’ai riveté les pieds aux hâtiers au bouts desquels un tenon a été forgé. C’est cet assemblage qui a ensuite été soudé au feu. Cette manière de faire place la soudure sous le hâtier et le joint entre le hâtier et son pied est plus net que celui obtenu avec la soudure de l’original. Les dimensions des pieds, celles du hâtier sont les mêmes que celles de l’original de même que la forme.

C’est le pied …
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